bertrand russell eloge de l oisiveté pdf

Tousles ouvrages numérisés de cette bibliothèque sont disponibles en trois formats de fichiers : Word (.doc), PDF et RTF. Pour une liste complète des auteurs de la bibliothèque, en fichier Excel, cliquer ici. Collection « Les sciences sociales contemporaines » Une édition électronique réalisée à partir du texte de Bertrand Russell, Éloge de l’oisiveté. Première LEloge de l'oisiveté est une pépite dénichée dans l'oeuvre immense et protéiforme de Bertrand Russel. Dans la grande tradition des essayistes anglais (Swift, Stevenson), il manie le paradoxe pour s'attaquer aux fondements mêmes de la civilisation moderne. Derrière l'humour et l'apparente légèreté du propos se cache une réflexion de Dansla tradition de Swift et Stevenson, Bertrand Russell manie le paradoxe pour s'attaquer aux fondements de la civilisation moderne dans ce bref texte de 1919. Sa réflexion à la fois philosophique et politique s'exprime avec humour, légèreté et ironie. Electre 2014. Dans la tradition de Swift et Stevenson, Bertrand Russell manie le paradoxe pour s'attaquer aux BertrandRussell, Éloge de l'oisiveté. (éditions ALLIA) - PHILOSOPHIE - BACCALAURÉAT 2010 - 2ème groupe d'épreuves Pour ceux (TL, TES1 OU TS1) qui sentiraient le besoin de préparer l'oral en philosophie, voici des indications pour présenter le texte de Bertrand Russell (ÉLOGE DE L'OISIVETÉ). BertrandRussell [1872-1970], Éloge de l'oisiveté. [1932]. Paris: Les Éditions Allia, 2002, 40 pp. Première édition, 1932, Routledge and The Bertrand Russell Peace Fondation. Paris: Éditions Allia, 2002, pour la traduction française, 40 pp. Traduit de l’anglais par Michel Parmentier. La version anglaise est disponible sous le titre: “In Praise of Idleness”. nonton film sang juara full movie lk21. Eloge de l'oisiveté - E-book - PDF L'Éloge de l'oisiveté est une pépite dénichée dans l'ouvre immense et protéiforme de Bertrand Russell. Dans la grande tradition des essayistes anglais... Lire la suite 3,99 € E-book - PDF Ebook Téléchargement immédiat 3,99 € Grand format Actuellement indisponible 6,20 € Vous pouvez lire cet ebook sur les supports de lecture suivants Téléchargement immédiat Dès validation de votre commande Offrir maintenant Ou planifier dans votre panier L'Éloge de l'oisiveté est une pépite dénichée dans l'ouvre immense et protéiforme de Bertrand Russell. Dans la grande tradition des essayistes anglais Swift, Stevenson, il manie le paradoxe pour s'attaquer aux fondements mêmes de la civilisation moderne. Derrière l'humour et l'apparente légèreté du propos se cache une réflexion de nature à la fois philosophique et politique qui s'exprime avec une ironie mordante "Il existe deux sortes de travail le premier consiste à déplacer une certaine dose de matière à la surface de la terre ; le second à dire à quelqu'un d'autre de le faire." Date de parution 12/12/2012 Editeur ISBN 978-2-84485-664-7 EAN 9782844856647 Format PDF Nb. de pages 48 pages Caractéristiques du format PDF Pages 48 Taille 10 004 Ko Protection num. Digital Watermarking Publié le mardi 26 mai 2020 à 13h34 En 1932, une crise, comme celle que nous pourrions connaître, menace l'économie mondiale. Alors que la question de l'allongement du temps de travail et de la réduction des jours de congés revient au cœur des débats, redécouvrons un texte du philosophe Bertrand Russell, dans lequel il faisait l'éloge de l'oisiveté. Petit-fils de Premier ministre, Bertrand Russell, philosophe et mathématicien gallois issu d'une des plus grandes familles britanniques Whig, publiait, en 1932, dans la revue, Review of Reviews, un article au ton sardonique et au titre provocateur, In Praise of Idleness, traduit par Éloge de l'Oisiveté. Deux ans plus tard, ce même texte imprimé dans un recueil d’essais, commence ainsi Ainsi que la plupart des gens de ma génération, j'ai été élevé selon le principe que l'oisiveté est mère de tous les vices. Comme j'étais un enfant pétri de vertu, je croyais tout ce qu'on me disait, et je me suis ainsi doté d'une conscience qui m'a contraint à peiner au travail toute ma vie. Cependant, si mes actions ont toujours été soumises à ma conscience, mes idées, en revanche, ont subi une révolution. En effet, j'en suis venu à penser que l'on travaille beaucoup trop de par le monde, que de voir dans le travail une vertu cause un tort immense, et qu'il importe à présent de faire valoir dans les pays industrialisés un point de vue qui diffère radicalement des préceptes traditionnels. Bertrand Russell défend l'idée que, pour accéder à davantage de bonheur, voire même éviter de mettre en péril l'économie, il faut procéder à une baisse du temps de travail journalier, écorchant au passage toute la valeur "vertueuse" du travail Pour parler sérieusement, ce que je veux dire, c'est que le fait de croire que le TRAVAIL en lettres majuscules dans le texte est une vertu est la cause de grand maux dans le monde moderne, et que la voie du bonheur et de la prospérité passe par une diminution méthodique du travail. Pour Bertrand Russell, cette valorisation du travail est un phénomène historique et culturel. Il explique que la diminution du temps travaillé est non seulement souhaitable mais rendue possible grâce aux progrès techniques. Catégorisant d'une façon un peu simpliste le travail en deux types d'activité, il dénonce au passage l'organisation hiérarchique mise en place dans notre société Il existe deux types de travail le premier consiste à déplacer une certaine quantité de matière se trouvant à la surface de la Terre, ou dans le sol même ; le second, à dire à quelqu'un d'autre de le faire. Le premier type de travail est désagréable et mal payé. Le second type est agréable et très bien payé. Le second type de travail peut s'étendre de façon illimitée il y a non seulement ceux qui donnent des ordres, mais aussi ceux qui donnent des conseils sur le genre d'ordres à donner. Le philosophe, égalementmathématicien et logicien, peut être considéré comme un rationaliste dénonçant alors l'injuste répartition du travail qui s'est répétée notamment après la Première Guerre mondiale La guerre a démontré de façon concluante que l'organisation scientifique de la production permet de subvenir aux besoins des populations modernes en n'exploitant qu'une part minime de la capacité de travail du monde actuel… Si, à la fin de la guerre, cette organisation… avait été préservée, et si on avait pu réduire à quatre le nombre d'heures de travail, tout aurait été pour le mieux. Au lieu de quoi, on en est revenu au vieux système chaotique où ceux dont le travail était en demande devaient faire de longues journées tandis qu'on abandonnait le reste au chômage et à la faim. L'oisiveté comme loisir studieux n'est pas un vilain défaut Bertrand Russell prêche pour une évidente répartition du travail, libérant ainsi du temps de loisir. Loisir dont les classes supérieures, privilège des prêtres et des guerriers au Moyen Âge, peut faire craindre qu'il incite ses bénéficiaires à une oisiveté dangereuse et corruptrice. Une notion qui, comme le rappelle le philosophe, a toujours choqué les riches. Se souvenant de son enfance, Russell est né en 1872, à une époque où les travailleurs des villes commençaient à acquérir des jours fériés, il se rappelle la réflexion d'une vieille duchesse Qu'est ce que les pauvres vont faire avec des congés ? C'est travailler qu'il leur faut. Si la signification des mots oisiveté et loisir semble se confondre dans le texte et porte à confusion, leur notion respective en appelle à deux activités bien différentes. Par loisir, leisure en anglais, il ne s’agit pas d'un vif encouragement à la paresse, à l’inaction ou au divertissement. En fait, il serait plus adéquat d'employer le terme latin otium, une conception ancienne qui s'apparente à une forme de loisir studieux. Cette oisiveté est celle louée par le philosophe romain de l'école stoïcienne, Sénèque. Dans un essai écrit en 62 apr. au même titre que celui de Russel, le philosophe proclame …isolés, nous serons meilleurs. Dira-t-on qu'il est permis de se retirer auprès des hommes les plus vertueux, et de choisir un modèle, sur lequel on règle sa vie ? Cela ne se fait qu'au sein du repos. Dans son analyse et ses réflexions, Bertrand Russell procède à une différenciation marquée entre les pôles que sont l'Orient et l'Occident dans leurs rapports et leurs problématiques respectives au travail ainsi que de sa valeur. Il fait grand cas de l'URSS également, comparant la situation du prolétariat en Russie avec celle des femmes En général, ils les riches en Russie ont essayé de faire croire aux travailleurs manuels que toute activité qui consiste à déplacer de la matière revêt une certaine forme de noblesse, tout comme les hommes ont tenté de faire croire aux femmes que leur esclavage sexuel conférait une espèce de grandeur. Après un diagnostic, le philosophe opère dans son analyse, une nette différenciation d'appréhension entre production et consommation. La première monopolise davantage les attentions que la seconde et ainsi, l'homme, tout absorbé à produire, oublie de juger et surtout d'évaluer les avantages et le plaisir que procure cette tâche au consommateur. Ce divorce, explique Russell, entre les fins individuelles et les fins sociales de la production, empêche les gens de penser clairement. La journée de quatre heuresQuand je suggère qu'il faudrait réduire à quatre le nombre d'heures de travail, je ne veux pas laisser entendre qu'il faille dissiper en pure frivolité tout le temps qu'il reste. Je veux dire qu'en travaillant quatre heures par jour, un homme devrait avoir droit aux choses qui sont essentielles pour vivre dans un minimum de confort, et qu'il devrait pouvoir disposer de son temps comme bon lui semble. Ainsi réduit le temps passé au travail, le philosophe estime que l’homme, grâce à l’éducation, pourrait être un "oisif " dont il fait un éloge tempéré car ces privilégiés, dans des temps plus anciens, pouvaient aussi se montrer tyranniques Autrefois, il existait une classe oisive assez restreinte et une classe laborieuse plus considérable. La classe oisive bénéficiait d’avantages qui ne trouvaient aucun fondement dans la justice sociale, ce qui la rendait nécessairement despotique, limitait sa compassion, et l’amenait à inventer des théories qui pussent justifier ses privilèges. Ces caractéristiques flétrissaient quelque peu ses lauriers, mais, malgré ce handicap, c’est à elle que nous devons la quasi totalité de ce que nous appelons la civilisation. Elle a cultivé les arts et découvert les sciences ; elle a écrit les livres, inventé les philosophies et affiné les rapports sociaux. Même la libération des opprimés a généralement reçu son impulsion d’en haut. Sans la classe oisive, l’humanité ne serait jamais sortie de la barbarie. Le philosophe conclut son texte en panégyrique de ce temps d'oisiveté, temps de loisir mis à profit intelligemment, "humainement" tout en constatant la triste obstination de la marche du monde Il y aura assez de travail à accomplir pour rendre le loisir délicieux, mais pas assez pour conduire à l’épuisement… Les hommes et les femmes ordinaires, ayant la possibilité de vivre une vie heureuse, deviendront plus enclins à la bienveillance qu’à la persécution et à la suspicion. Le goût pour la guerre disparaîtra, en partie pour la raison susdite, mais aussi parce que celle-ci exigera de tous un travail long et acharné. La bonté est, de toutes les qualités morales, celle dont le monde a le plus besoin, or la bonté est le produit de l’aisance et de la sécurité, non d’une vie de galérien. Les méthodes de production, modernes, nous ont donné la possibilité de permettre à tous de vivre dans l’aisance et la sécurité. Nous avons choisi, à la place, le surmenage pour les uns et la misère pour les autres en cela, nous nous sommes montrés bien bêtes, mais il n’y a pas de raison pour persévérer dans notre bêtise indéfiniment. Que cet Éloge de l'Oisiveté soit porteur d'un message résolument pacifiste n'est pas anodin d'une part, il correspond aux convictions de son auteur et d'autre part, à cette période de l’entre-deux guerres, en plein milieu de la Grande Dépression, le chômage augmente fortement aux États-Unis, puis en Europe, suite au krach boursier du fameux jeudi noir. Libre penseur et activisteHomme politique engagé, pacifiste convaincu lors de la Première Guerre mondiale, Bertrand Russell, alors socialiste modéré, opte pour une non intervention relative pendant la Seconde Guerre mondiale. Outre ses activités politiques, il fut un grand mathématicien et un enseignant de premier ordre dans de nombreuses et prestigieuses universités. Son œuvre est immense car multidisciplinaire et comprend également des romans et des nouvelles. En 1950, Bertrand Russell reçut le Prix Nobel de littérature, en particulier pour son engagement humaniste et également comme libre-penseur. Pour anecdote, en septembre 1961, à l'âge de 89 ans, Russell se retrouva emprisonné pendant sept jours à la prison de Brixton pour "violation de la paix". Le philosophe quinquagénaire fût arrêté après avoir pris part à une manifestation anti-nucléaire à Londres. Le magistrat jugeant l’affaire, offrait à Russell l'exonération de sa peine de prison à condition qu'il promette devant la cour d'adopter une "bonne conduite", ce à quoi Bertrand Russell répondit "Non, je ne veux pas." Le 2 février 1970, Bertrand Russell mourut de la grippe près de Penrhyndeudraeth, au Pays de Galles. Biographie philosophique sélective Éloge de l’Oisiveté, Bertrand Russell, aux éditions Allia. L'Alphabet du bon Citoyen & Abrégé de l'Histoire du Monde, Bertrand Russell, aux éditions Allia. Essais sceptiques, Bertrand Russell, Belles Lettres, 2011 Le célèbre texte qui valut à Russell son prix Nobel en 1950. Histoire de la Philosophie occidentale. En relation avec les événements politiques et sociaux de l'Antiquité jusqu'à nos jours, Bertrand Russell, aux éditions des Belles Lettres, 2011. Pour aller plus loin et autrement avec Bertrand RussellLa Petite Philo par Thibaut de Saint-Maurice Pourquoi avons-nous des préjugés ? Vous trouvez cet article intéressant ? Faites-le savoir et partagez-le. Extrait de la publication Extrait de la publication Éloge de l’oisiveté Extrait de la publication Extrait de la publication                  Éloge de l’oisiveté Traduit de l’anglais par                             e ,        ,             Extrait de la publication              In Praise of Idleness La première édition deÉloge de l’oisivetéa paru en dansReview of Reviews. © Routledge&the Bertrand Russell Peace Foundation. © Éditions Allia, Paris,,pour la traduction française. Extrait de la publication     plupart des gens de ma géné-que la ration, j’ai été élevé selon le principe que l’oi-siveté est mère de tous vices. Comme j’étais un enfant pétri de vertu, je croyais tout ce qu’on me disait, et je me suis ainsi doté d’une conscience qui m’a contraint à peiner au tra-vail toute ma vie. Cependant, si mes actions ont toujours été soumises à ma conscience, mes idées, en revanche, ont subi une révolu-tion. En effet, j’en suis venu à penser que l’on travaille beaucoup trop de par le monde, que de voir dans le travail une vertu cause un tort immense, et qu’il importe à présent de faire valoir dans les pays industrialisés un point de vue qui diffère radicalement des préceptes tra-ditionnels. Tout le monde connaît l’histoire du voyageur qui, à Naples, vit douze mendiants étendus au soleil c’était avant Mussolini, et proposa une lire à celui qui se montrerait le plus paresseux. Onze d’entre eux bondirent Extrait de la publication Pascale Borrel Texte intégral 1Le verbe vaquer, dans sa forme intransitive, exprime la cessation d’une activité, un temps mort inscrit dans celui, continu, du travail. La forme active que l’emploi du verbe impose attribue au sujet qui vaque une pratique singulière celle de faire rien. Cette vacance peut être causée par des circonstances extérieures ou par une incapacité du sujet ou encore par une volonté. Dans le contexte de la pratique de l’art, le suspend de l’activité peut intervenir dans le processus de fabrication comme attente imposée par des conditions pratiques et techniques ; ou bien, ce suspend peut être l’effet d’un état d’âme », d’une tension sclérosante que traduit, par exemple, le désœuvrement mélancolique ; ou encore, il peut être la marque d’un parti pris consistant à faire de la vacance une composante de l’œuvre. C’est de ce parti pris qu’il sera question ici, celui qui consiste pour l’artiste à se définir comme un être inoccupé. La paresse déclarée ou l’immobilité improductive sont des expressions de cette vacance dont il s’agira de montrer la portée poétique et critique. 1 1Man Ray cité par Bernard Marcadé, Marcel Duchamp, Paris, Flammarion, 2007, p. 213. J’avais remarqué que le panneau de Duchamp n’était éclairé que par une seule ampoule, sans abat-jour ; mais je savais par expérience que cela n’avait pas d’importance puisqu’il s’agissait de photographier un objet immobile. L’appareil était installé sur pied, les résultats seraient satisfaisants, pourvu que le temps d’exposition fût assez long. En ajustant l’objectif, j’avais une vue plongeante sur le panneau, qui ressemblait à un étrange paysage vu par un oiseau. Le panneau était poussiéreux. Des petits bouts de serviettes en papier et d’ouatage de coton, qui avaient servi à nettoyer les éléments terminés, ajoutaient au mystère de l’œuvre. […] L’exposition serait fort longue, aussi j’ouvris l’obturateur et nous sortîmes pour manger. Nous revînmes une heure plus tard et je fermai l’ 2 Man Ray décide de faire cette photographie dans le contexte de la Société Anonyme, Inc. que Katheri ... 3 Marcel Duchamp cité in ibid., p. 213. Man Ray relate ici les conditions dans lesquelles il a réalisé en 1920 la photographie2 que Duchamp intitulera Élevage de poussière. Le panneau » est le Grand Verre, disposé à l’horizontale dans l’atelier new-yorkais faiblement éclairé. Duchamp a décidé de laisser la poussière s’y accumuler puis de la fixer avec du vernis afin que certaines formes aient cette sorte de couleur »3. 4 On peut penser à des œuvres aussi différentes que certains films de Warhol Empire, Sleep, Screen T ... 2L’existence de cette photographie suppose des mises en suspend de l’activité celle qu’exigent le dépôt de la poussière et celle qui dépend du long temps de pose. Ces conditions de fabrication permettent d’établir une relation entre Élevage de poussière et de nombreuses œuvres dont la production impose un temps de décantation, pendant lequel travailler consiste à attendre que les choses se fassent »4. Ces méthodes de travail qui font de la génération de l’œuvre un processus partiellement indépendant de l’action de l’artiste participent d’une conception de la pratique de l’art celle qui durant le XXe siècle s’est employée à définir l’œuvre comme entité impersonnelle, disjointe de la singularité de son auteur. 5 Marcadé, Marcel Duchamp, op. cit., p. 121. 6 Le Grand Verre devait revenir aux Arenberg qui avaient apporté à Duchamp une aide matérielle. En 19 ... 7 Marcadé, Marcel Duchamp, op. cit., p. 241. 3Toutefois, c’est aussi la relation que Duchamp a entretenue avec le Grand Verre et avec le travail en général, qu’Élevage de poussière manifeste. Quand, en 1920, Man Ray réalise la photographie de sa surface poussiéreuse, l’œuvre est entreprise depuis déjà cinq ans. Duchamp la nomme ma grande saloperie »5, indiquant ainsi le travail important que sa conception et sa réalisation exigent et un désintérêt croissant pour cette tâche laborieuse. Les années qui lui sont consacrées constituent une durée discontinue le travail est mis en suspend par la réalisation d’autres œuvres, par des voyages, par les occupations mondaines new-yorkaises. Cette exécution qui s’éternise croise en 1923 des circonstances6 dont Duchamp profite pour décider ou plutôt constater l’ inachèvement définitif »7 du Grand Verre. La représentation photographique de la poussière peut ainsi renvoyer à la relation étroite que l’œuvre de Duchamp établit entre implication et désinvestissement, entre labeur et oisiveté. Le Grand Verre, en effet, est à la fois le produit d’un travail dense, et celui de sa nonchalante mise en suspend. 4Dans un essai intitulé Laisser pisser le mérinos, Bernard Marcadé a fait apparaître l’insistance avec laquelle Duchamp a exprimé le rien faire », la vacance. À Francis Steegmügler, par exemple, il déclare 8 Marcel Duchamp cité in Bernard Marcadé, Laisser pisser le mérinos, Paris, L’Échoppe, 2006, p. 11. Au fond, je n’ai rien fait depuis 1923, vous pouvez le dire. Est-ce qu’il faut faire un minimum de choses ? Vous savez comme le temps passe. Les guerres surviennent. Pour une raison ou pour une autre on ne travaille Ou encore, il dit à Pierre Cabanne 9 Marcel Duchamp, cité in ibid., p. 19. Je n’ai pas connu […] l’effort de produire, la peinture n’ayant pas été pour moi un déversoir, ou un besoin impérieux de m’exprimer. Je n’ai jamais eu cette espèce de besoin de dessiner le matin, le soir, tout le temps, de faire des croquis, 10 Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, Paris, Gallimard, 1992, p. 368. 11 Walter Benjamin, Paris. Capitale du XIXe siècle, Paris, Cerf, 1989, p. 441. La manière dont Duchamp dit se tenir à distance du travail est ambivalente il y est à la fois question de paresse et de nonchalance constitutives, et de pondération, d’improductivité distinguée. Quand Duchamp assimile le fait de ne rien faire à une manière de retrait raffiné, c’est dans la tradition dandy qu’il s’inscrit. Si le dandysme, tel qu’il s’est manifesté au XIXe siècle, est associé à un soin de la mise vestimentaire, c’est aussi une volonté de se tenir loin des activités laborieuses qui le caractérise. Oscar Wilde fait dire à Lord Henry à l’adresse de Dorian Gray Je suis ravi que vous n’ayez jamais rien fait, jamais sculpté une statue, jamais peint un tableau, jamais produit quoi que ce soit en dehors de vous-même »10. La construction de soi, qui constitue l’œuvre du dandy, participe d’une oisiveté celle-ci est l’une des marques qui le distingue de la masse, soumise elle à l’obligation matérielle et morale de travailler. La vacance du dandy n’est pas le désœuvrement, le mal être mélancolique ; c’est d’une oisiveté qu’il s’agit, oisiveté à pratiquer, à cultiver et à rendre visible, selon une mise en scène souvent appuyée. Walter Benjamin rapporte qu’ en 1839, il était élégant d’emmener une tortue quand on allait se promener »11. Par son caractère grotesque, cette déambulation dans les passages parisiens réduit le thème poétique de la flânerie à l’ostentatoire exhibition de la lenteur et de l’oisiveté. De manière analogue, on peut considérer qu’une part de l’activité et des propos de Duchamp a eu comme finalité de mettre en évidence sa distance avec le faire » artistique l’engouement pour le jeu d’échecs, le choix de rendre secrète la réalisation d’Étant donnés… ont pour effet d’associer à la figure de l’artiste la distinction du dilettante. 12 Marcel Duchamp cité par Bernard Marcadé, Laisser pisser le mérinos, op. cit., p. 43. 13 Dans une note, non datée des années soixante, il y fait référence et pense à la création d’un hos ... 5Dans les propos de Duchamp, ne rien faire » ne relève pas seulement d’un parti pris artistique ; c’est également la manifestation d’un penchant commun J’aurais voulu travailler, mais il y avait en moi un fond de paresse énorme. J’aime mieux vivre, respirer que travailler »12. La paresse est présentée comme l’attribut du velléitaire mais aussi comme la source d’un plaisir hédoniste. Duchamp dit avoir été marqué par la lecture qu’il a faite, en 1912, de l’essai de Paul Lafargue Le Droit à la paresse13. 14 Paul Lafargue, Le Droit à la paresse, Paris, Allia, 1999, p. 35. 15 Ibid., p. 12. 16 Voir à ce propos Anson Rabinbach, Le Moteur humain. L’énergie, la fatigue et les origines de la mod ... 6Paru en feuilleton dans le quotidien L’Égalité, en 1881, Le Droit à la paresse n’a toutefois pas pour objet d’exposer les douceurs du farniente. Il est une critique d’un contexte économique et social, celui de la société industrielle de cette fin du XIXe siècle. Lafargue y explique la nécessité de mater la passion extravagante des ouvriers pour le travail »14, parce que le travail est la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique »15, et surtout parce que la puissance de production doit être canalisée pour assurer un juste équilibre entre richesses et consommation. Dans le cadre de cette analyse socio-économique, l’introduction de la notion de paresse » semble un peu incongrue. Manifestement, c’est pour sa portée provocatrice que l’auteur l’utilise ainsi que pour sa valeur symbolique. La paresse, en effet, permet à Lafargue d’inscrire son projet dans une tradition, d’en faire percevoir les fondements culturels, qui résident dans la société païenne, charnelle, joyeuse que l’œuvre de Rabelais présente et, antérieurement, dans un Âge d’or » antique où le travail est une valeur négative. Argos désigne celui qui ne travaille pas », le citoyen, en opposition à l’esclave qui, lui, se consacre à la gestion de la vie de la communauté. Ou encore, cette dépréciation du travail est incarnée par la figure du poète grec dont l’activité est une oisiveté héroïque, un don des dieux. S’en remettre à cet Âge d’or » c’est, pour Lafargue, rompre avec la culture chrétienne qui définit la paresse comme manquement aux obligations spirituelles et sociales16 ; c’est envisager les effets positifs de l’oisiveté sur le plan collectif, en matière d’économie et de santé publique. 17 Par exemple Samuel Johnson, Le Paresseux ensemble de textes parus entre 1758 et 1760, Casimir M ... 18 Clément Pansaers, Apologie de la paresse, Paris, Allia, 1986. 19 Robert Louis Stevenson, Une apologie des oisifs, Paris, Allia, 2001, p. 15. 7Duchamp, lui, parle de la paresse comme expérience subjective, comme plaisir d’habiter le temps vacant, plaisir que de nombreux auteurs ont mis en évidence17. Si leurs essais, leurs pamphlets en envisagent la portée politique, ils insistent tout autant sur les plaisirs sensoriels qu’elle procure. Dans son Apologie de la paresse, Clément Pansaers écrit O ! Le luxe imprévu de la fainéantise ! La grève générale sur une grève ensoleillée ! »18. Quand Stevenson évoque l’école buissonnière sous les traits convenus de l’insoumission enfantine aux règles de l’apprentissage scolaire, cette conduite paresseuse est conçue comme pratique hédoniste, comme ouverture du sujet à la chaleur palpitante de la vie »19. La paresse est l’objet de différentes approches, de différentes projections ; elle apparaît ainsi comme une notion malléable, offerte à la construction de représentations, de figures. 20 Roland Barthes, Osons être paresseux », Le Grain de la voix, Entretiens 1962-80, Paris, Le Seul, ... 21 Ibid., p. 358. 22 Ibid., p. 360. 23 Roland Barthes, Le Neutre. Cours au Collège de France 1977-78, Paris, Seuil, 2002, p. 232. 24 Ibid. 25 Résumé de Roland Barthes pour l’annuaire du Collège de France », in ibid. p. 261. Les états et co ... 8C’est ce que l’on perçoit dans une interview donnée par Barthes au Monde Dimanche en 1979, intitulée Osons être paresseux »20. Ce n’est pas d’un droit à la paresse » qu’il y est question mais d’une capacité dont Barthes se dit dépourvu il dit ne pas savoir rien faire, contrairement au concierge parisien qu’il voyait, quand il était enfant, sortir une chaise dans la rue le soir pour s’asseoir sans rien faire »21, ou contrairement au cancre qui ne participe pas, n’est pas exclu, qui est là, un point c’est tout, comme un tas »22. La manière dont Barthes qualifie le statisme du concierge ou du cancre rappelle les remarques qu’il consacre à s’asseoir » dans le zen, dans son cours Le Neutre en 1977-78 au Collège de France. Barthes indique que, dans cette branche du bouddhisme, s’asseoir » est un acte qui exprime l’idée de non-profit […] de non-désir de prendre »23 ; et l’auteur établit une relation entre cette énergie méditative et la paresse l’assis pense, veille […] jouit dans la paresse. ⮕ Rêve de toute une journée, une fois, complètement assis sans aucune demande, tâche, responsabilité »24. Dans le contexte de son cours, Barthes a choisi, pour définir le neutre, de présenter différents états et conduites qui suspendent le conflit »25. La paresse ne figure pas parmi ceux-ci ; mais le mode selon lequel Barthes parfois y fait allusion, indique que c’est à un état de suspend des conflits » qu’il l’associe. La paresse n’est pas la mollesse contre laquelle il faut lutter, mais un équilibre paisible, une quiétude de l’esprit que l’immobilité du corps manifeste. 9Cette manière de vacance constitue, pour certains artistes, un objet de représentation ; l’œuvre se fonde alors sur la relation que le corps immobile de l’artiste entretient avec un contexte spatial et temporel. Le 8 février 1965, Filliou présente au Café Au Le secret de la création permanente absolue, dont il rapporte le déroulement en ces termes Moi, m’adressant au public mon nom est Filliou, donc le titre de mon poème est le Filliou idéal C’est un poème-action et je vais le présenter Ne rien décider Ne rien choisir Ne rien vouloir Ne rien posséder Conscient de soi Pleinement éveillé TRANQUILLEMENT ASSIS SANS RIEN FAIRE Puis je me suis assis en tailleur sur la scène, immobile et silencieux 26 Filliou, comme Barthes, fait référence au zen ; tous deux mentionnent ce poème Zenrin Assis pai ... Le poème-action de Filliou consiste à énoncer les fondements et le sens26 de cette immobilité avant de la produire et de la tenir. Filliou théâtralise l’inactivité en la mettant littéralement en scène, en instaurant avec le public une relation frontale dont le caractère direct réside dans la prise de parole puis dans un face à face silencieux installé dans la durée. C’est également ce rapport frontal que Kim Sooja établit lors d’une suite de performances rassemblées sous le titre A Needle Woman 1999-2001 et 2005. Dans une dizaine de grandes villes Londres, Shanghai, Lagos, Mexico, Jérusalem…, Kim Sooja s’est tenue sans bouger, une vingtaine de minutes, au milieu d’un flot souvent très dense de passants. Les vidéos qui rendent compte de ces situations, filmées au téléobjectif, ralenties à la projection, montrent invariablement l’artiste de dos, cadrée à la taille. Le point de vue adopté permet de mettre en évidence l’avancée des passants face à ce corps statique. Celui-ci apparaît à la fois comme l’obstacle et l’aimant de ces individus en mouvement. 10Par le rapport frontal qu’ils établissent avec un public, avec des passants, Robert Filliou et Kim Sooja indiquent la relation que leur immobilité cherche à établir tranquillement assis » ou planté hiératiquement, le corps est le signe, par son inactivité, d’un investissement mental, d’une concentration. Le face-à-face que les artistes instaurent indique que cet exercice méditatif s’alimente de la présence de ceux qui s’y confrontent, et cherche en retour à les toucher. 11Dans ses interviews, Kim Sooja insiste sur la relation d’empathie avec le réel, avec les individus, qui anime son travail. Cette empathie s’exprime de manière appuyée dans les performances intitulées A Beggar Woman et A Homeless Woman 2000-2001, réalisées elles aussi dans différentes grandes villes. L’artiste y adopte la position du mendiant et des personnes qui dorment dans la rue pour, dit-elle, ressentir ces états de grande précarité. Les images de ces performances soulignent le caractère ambigu de la situation le corps de l’artiste, parfaitement statique, traduit l’indigence en une pose ; il assimile les signes de la pauvreté à ceux d’un exercice méditatif. 12C’est également la rencontre perturbante de deux registres que Turista de Francis Alÿs établit. Il s’agit d’une photographie montrant l’artiste sur une place de Mexico, parmi un groupe d’artisans qui proposent leurs services, indiquant par un panneau posé à leurs pieds, leurs compétences de plombiers, de charpentiers, de peintres en bâtiment… Sur le panneau d’Alÿs on peut lire Turista ». L’œuvre fait se côtoyer abruptement l’inactivité subie du sans-emploi, et celle, choisie, du touriste en vacances. Elle juxtapose deux temporalités différentes attendre un travail et passer le temps. La scène montre bien qu’il ne s’agit pour Alÿs de faire l’expérience d’une situation sociale âpre mais, dans la proximité de celle-ci, de chercher à définir son statut d’artiste 27 Francis Alÿs in Conversation with Russell Ferguson », in Francis Alÿs, London, Phaidon, 2007, p. ... Lorsqu’en 1994 je me suis posté devant la cathédrale, à côté du Zócalo, avec une pancarte à mes pieds signalant touriste », je voulais dénoncer mais aussi mettre à l’épreuve mon propre statut d’étranger, de gringo. Jusqu’à quel point puis-je appartenir à cet endroit ? Jusqu’à quel point puis-je le juger ? Suis-je un participant ou seulement un observateur ? » En proposant mes services en tant que touriste au milieu de charpentiers et de plombiers, j’oscillais entre le loisir et le travail, entre la contemplation et l’ 28 Alÿs est Belge, mais installé depuis 1986 à Mexico. Dans la vidéo intitulée Gringo 2003 ce statut ... 29 The paradox of praxis Sometimes doing something leads to nothing. Sometimes doing nothing leads ... L’œuvre permet donc de qualifier l’inscription particulière d’Alÿs dans un contexte social et économique proposer ses compétences de touriste » c’est d’une part rendre compte d’une extériorité définitive28 ; et c’est d’autre part distinguer l’activité artistique de celle, nécessaire et efficace, du travailleur. Toutefois, l’œuvre ne relève pas de l’arrogance dandy vis-à-vis du labeur. Plutôt, cette figure du touriste-artiste peut être mise en relation avec une conception du faire » qui fonde une bonne part du travail d’Alÿs, et qu’il a énoncée sous la forme suivante Le paradoxe de la pratique parfois faire quelque chose ne mène à rien. Parfois ne rien faire mène à quelque chose »29. 13Ce paradoxe qui établit une complémentarité entre activité laborieuse de peu d’effets et inactivité féconde se manifeste dans plusieurs de ses œuvres, en particulier dans The Paradoxe of Praxis I 1997 et Looking up 2001. Dans la première, Alÿs pousse pendant près de 9 heures, un volumineux pain de glace dans les rues de Mexico, jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une flaque d’eau. Dans Looking up, c’est en se tenant nonchalamment debout au milieu de la place Santo Domingo, en regardant en l’air, qu’Alÿs produit quelque chose » un petit attroupement de passants qui, intrigués par son attitude, scrutent dans la même direction que lui. 30 Francis Alÿs, Conversation with Russell Ferguson », in Francis Alÿs, op. cit., p. 14. 31 Ibid., p. 21. 32 Cuauhtémoc Medina, Fable Power », in Francis Alÿs, op. cit., p. 54. 33 Francis Alÿs, Conversation with Russell Ferguson », in Francis Alÿs, op. cit., p. 21. 34 Ibid., p. 21. 14Le rapport qu’Alÿs établit entre l’activité et ses effets ainsi que l’inactivité et les siens, définit une méthode de travail dont la portée est tant poétique que critique. En effet, ce paradox of praxis » est pour l’artiste le moyen de rendre compte, sur un mode métaphorique, d’une situation économique et culturelle, de montrer comment le syndrome de progrès et le dogme de productivité sont vécus et compris au sud de la frontière US »30. L’artiste constate que si de nombreux facteurs ont été réunis pour que ces pays entrent dans la modernité, il s’y manifeste toutefois une résistance interne »31. Alÿs la perçoit, par exemple, dans la ténacité avec laquelle des pratiques anachroniques persistent dans la cité malgré les projets de modernisation néolibéraux. Cuauhtémoc Medina souligne, à ce propos, qu’après le tremblement de terre de 1985, Mexico a vu la reconstruction du quartier vernaculaire, pré-moderne et l’émergence d’un usage non-administratif de la rue »32. La particularité de ce contexte réside dans une volonté de demeurer dans une sphère d’action indéterminée »33, de se définir par des valeurs qui ne relèvent pas de l’efficacité économique imposée. Cette sphère d’action indéterminée » n’est pas de l’immobilisme mais un processus que l’artiste qualifie de fuite en avant » et dont l’image métaphorique est le mirage les programmes de développement fonctionnent précisément à la manière d’un mirage, un but historique qui, à peine apparu à l’horizon, s’évapore dans les airs »34. L’œuvre intitulée A Story of Deception 2003-2006 est l’illustration de ce mouvement, la caméra montrant une avancée vers des mirages, vers des brillances sans cesse disparaissant. Ce film est donc le produit d’une action inefficace et obstinée ; ces attributs, Alÿs prend le parti de les valoriser pour conjuguer déception et dynamisme. 15Chercher à constituer un portrait de l’artiste en vacance », c’est croiser les voies nombreuses, divergentes qui se proposent quand l’inactivité est inscrite ostensiblement au sein de la pratique de l’art déclaration d’une souveraineté artistique extraite des nécessités du commun ; expression d’une disponibilité d’un sujet aux douceurs du farniente ; émission d’un investissement mental par l’immobilité du corps ; mise en question de la notion d’efficacité… Le trait commun à ces différentes conceptions de la vacance réside dans l’articulation que celle-ci permet d’établir entre l’individuel et le collectif, entre le poétique et le politique. Notes 1 1Man Ray cité par Bernard Marcadé, Marcel Duchamp, Paris, Flammarion, 2007, p. 213. 2 Man Ray décide de faire cette photographie dans le contexte de la Société Anonyme, Inc. que Katherine Dreier a fondée dans le but de faire connaître l’art moderne aux Américains ; voir ibid., p. 210. 3 Marcel Duchamp cité in ibid., p. 213. 4 On peut penser à des œuvres aussi différentes que certains films de Warhol Empire, Sleep, Screen Tests…, la série des écrans de cinéma de Sugimoto, les peintures par pliage de Simon Hantaï, les larves trichoptères d’Hubert Duprat… Ces œuvres présentent comme trait commun la mise en place de conditions pratiques, élémentaires ou plus sophistiquées, qui demandent que pour un temps, l’artiste laisse un dispositif agir. 5 Marcadé, Marcel Duchamp, op. cit., p. 121. 6 Le Grand Verre devait revenir aux Arenberg qui avaient apporté à Duchamp une aide matérielle. En 1923, le couple quitte New York pour la Californie et vend l’objet, trop fragile pour être transporté, à Katherine Dreier. C’est lors de ce changement de propriétaires que Duchamp signe l’œuvre inachevée. 7 Marcadé, Marcel Duchamp, op. cit., p. 241. 8 Marcel Duchamp cité in Bernard Marcadé, Laisser pisser le mérinos, Paris, L’Échoppe, 2006, p. 11. 9 Marcel Duchamp, cité in ibid., p. 19. 10 Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, Paris, Gallimard, 1992, p. 368. 11 Walter Benjamin, Paris. Capitale du XIXe siècle, Paris, Cerf, 1989, p. 441. 12 Marcel Duchamp cité par Bernard Marcadé, Laisser pisser le mérinos, op. cit., p. 43. 13 Dans une note, non datée des années soixante, il y fait référence et pense à la création d’un hospice de paresseux », ibid., p. 48. 14 Paul Lafargue, Le Droit à la paresse, Paris, Allia, 1999, p. 35. 15 Ibid., p. 12. 16 Voir à ce propos Anson Rabinbach, Le Moteur humain. L’énergie, la fatigue et les origines de la modernité, Paris, La fabrique, 2004. 17 Par exemple Samuel Johnson, Le Paresseux ensemble de textes parus entre 1758 et 1760, Casimir Malevitch, La Paresse comme vérité effective de l’homme, 1921, Clément Pansaers, L’Apologie de la paresse, 1917, Robert Louis Stevenson, Une apologie des oisifs, 1877, Bertrand Russel, Éloge de l’oisiveté, 1932… 18 Clément Pansaers, Apologie de la paresse, Paris, Allia, 1986. 19 Robert Louis Stevenson, Une apologie des oisifs, Paris, Allia, 2001, p. 15. 20 Roland Barthes, Osons être paresseux », Le Grain de la voix, Entretiens 1962-80, Paris, Le Seul, 1981, p. 356-363. 21 Ibid., p. 358. 22 Ibid., p. 360. 23 Roland Barthes, Le Neutre. Cours au Collège de France 1977-78, Paris, Seuil, 2002, p. 232. 24 Ibid. 25 Résumé de Roland Barthes pour l’annuaire du Collège de France », in ibid. p. 261. Les états et conduites que Barthes a choisis de traiter sont la Bienveillance, la Fatigue, le Silence, la Délicatesse, le Sommeil, l’Oscillation, la Retraite… 26 Filliou, comme Barthes, fait référence au zen ; tous deux mentionnent ce poème Zenrin Assis paisiblement, sans rien faire, / le printemps vient et l’herbe croît d’elle-même ». 27 Francis Alÿs in Conversation with Russell Ferguson », in Francis Alÿs, London, Phaidon, 2007, p. 11 reproduit et traduit en français in Francis Alÿs. A Story of Deception, Bruxelles, Lannoo-Wiels, 2010, p. 41. 28 Alÿs est Belge, mais installé depuis 1986 à Mexico. Dans la vidéo intitulée Gringo 2003 ce statut d’étranger est associé à une situation de tension la caméra tenue par l’artiste entre en confrontation avec une meute de chiens belliqueux qui garde une maison dans une province centrale du Mexique. 29 The paradox of praxis Sometimes doing something leads to nothing. Sometimes doing nothing leads to something ». 30 Francis Alÿs, Conversation with Russell Ferguson », in Francis Alÿs, op. cit., p. 14. 31 Ibid., p. 21. 32 Cuauhtémoc Medina, Fable Power », in Francis Alÿs, op. cit., p. 54. 33 Francis Alÿs, Conversation with Russell Ferguson », in Francis Alÿs, op. cit., p. 21. 34 Ibid., p. 21. Auteur Est maître de conférences en arts plastiques à l’Université Rennes 2, membre de l’équipe d’accueil Arts pratiques et poétiques EA 3208. Sa recherche concerne les relations entre pratique de l’art et écriture, la temporalisation des images et les différentes formes de retrait de l’auteur. Travailler moins pour vivre mieuxSi le salarié ordinaire travaillait quatre heures par jour, il y aurait assez de tout pour tout le monde, et pas de chômage en supposant qu’on ait recours à un minimum d’organisation rationnelle. Cette idée choque les nantis parce qu’ils sont convaincus que les pauvres ne sauraient comment utiliser autant de loisir. 1932, Éloge de l’oisiveté, Bertrand Russell.[1] Dans les mêmes années trente, Keynes prédisait pour l’an 2000 la semaine de 15 heures avec un niveau de vie quatre fois le progrès technique a tenu ses promesses, le bien être promis n’est pas au rendez-vous. En 2000, nos pays sont cinq fois plus riches que dans les années 30 mais le travail s’est intensifié pour certains, il s’est précarisé pour d’autres, il a disparu pour beaucoup trop de salariés au lieu d’être partagé entre toutes les mains. Au lieu de nous libérer, la machine nous a réduction du temps de travail a bien lieu. C’est celle qui, sans cesse, augmente les effectifs de l’armée de réserve composée de chômeurs et de travailleurs précaires pendant que d’autres doivent travailler plus de 40 heures par semaine pendant encore plus d’années. C’est à cette inégalité aussi qu’il faut s’attaquer celle de pouvoir disposer de son temps pour vivre sa vie comme on l’ des ressources et la détérioration de notre environnement nous imposent de revoir notre modèle économique fondé sur une augmentation permanente de la production de biens dont l’utilité́ peut être questionnée et que le marketing nous enjoint de chantage à l’emploi, quand l’existence de chacun est subordonnée à l’exercice d’une activité rémunérée, doit cesser pour autoriser une évolution vers un monde plus respectueux de l’environnement et économe en ressources naturelles. Laisser le marché continuer à imposer sa loi au nom de la compétitivité internationale et de la maximisation des profits est faut changer de paradigme On nous dit le travail est vital pour assurer le gîte et le couvert, nous disons au contraire qu’assurer à toutes et tous les conditions concrètes d’existence est encore beaucoup plus vital pour vivre mieux. Le quasi-monopole de l’emploi comme source de revenu est pour beaucoup dans la valeur sociale qui est accordée au travail. Pour abolir ce culte du travail, il faut briser ce monopole, il faut garantir un revenu à tous. Batiste Mylondo [2] Nous avons largement les moyens en revenus 1 450 M€ et en patrimoine 12 500 M€ d’assurer à tous les membres de la communauté ce droit universel à une existence digne en toute circonstance. Enfin les machines qui remplacent l’ouvrier peuvent et doivent aussi contribuer à assurer son existence comme le préconisait déjà Jean de Sismondi 1773- 1842 .Ainsi avec ce revenu de vie on peut Travailler moins en réduisant le temps consacré à un emploi contraint, nécessaire pour vivre mais peu valorisant,Travailler mieux en se libérant d’un emploi facilement automatisable, d’un emploi nocif et inutile pour soi et pour la moins Avec la semaine de quatre jours et l’allocation d’existenceLes travaux de Pierre Larrouturou l’ont montré la semaine de quatre jours n’est pas une hérésie économique, elle est au contraire la seule solution pour partager les emplois qui existent encore. Mais malgré quelques timides expériences on tourne le dos à une telle perspective. On incite encore ceux qui ont un emploi à travailler plus la durée hebdomadaire en France d’un plein temps est aujourd’hui de plus de 38 heures ! et on repousse l’âge de départ à la retraite ; Ces choix ont pour conséquences l’augmentation du chômage, l’accroissement sans fin des dépenses sociales pour réparer les dégâts à la fois du chômage de masse, de la précarité et de la surcharge de travail sur des salariés de moins en moins nombreux. Rythme de vie trop rapide, surcharge de travail, manque de temps pour soi ou pour leurs proches, trajets trop longs… Les actifs de six pays occidentaux dont la France ont certaines aspirations quant au futur de leur vie professionnelle. Mais les 12 074 salariés interrogés pour une étude internationale aspirent surtout à ralentir le rythme 78 % et travailler moins 51 % ! Guirec Gombert, HELLOWORKPLACE [3]Le partage des emplois avec l’allocation d’un revenu d’existence peut résoudre la quadrature du cercle qui est celle de libérer du temps sans baisse des revenus pour le travailleur, ni augmentation du coût du montre que pour le salarié rémunéré au Smic, avec l’AUE Ses revenus augmentent de 20 % ;son temps libre hebdomadaire augmente de 50 %avec une journée de travail libérée, en théorie, un emploi serait créé pour quatre emplois salariés existants,La productivité de l’entreprise ne manquerait pas d’augmenter ce qui autoriserait une augmentation nominale des salaires avec un accord collectif. Ainsi, avec l’AUE c’est un véritable cercle vertueux qui s’enclenche au profit de tous les cette exemple un ouvrier payé au SMIC pour 35h par semaine est rémunéré 1464 €, en 4 jours avec l’AUE de 900 € et une contribution CAUE de 244 € serait rémunéré 1740 €.Voir la présentation complète Avec l’allocation d’existence, le temps partiel n’est plus synonyme de précarité. On peut choisir de partager son temps entre un emploi à temps partiel et d’autres activités comme pour s’occuper de ses enfants ou de ses proches, pour créer, pour prendre des responsabilités syndicales, associatives, politiques… On peut décider de prendre un congé de six mois pour un voyage, pour des travaux, force du revenu universel est ici double d’une part, il assure positivement» un socle de revenus et d’autre part, il laisse chacun libre de compléter cette base par des revenus d’activité salariée. La modulation du temps de travail et la discontinuité de l’activité ne sont plus des menaces mais des opportunités. Julien Dourgnon [4]Ce véritable salaire socialisé avec l’AUE, ouvre la voie à la civilisation du temps libéré » chère à André́ Gorz et émancipe l’être humain de sa condition de prolétaire, condamné à perdre sa vie à essayer de la cette réduction du temps de travail concertée est une voie prometteuse pour mieux distribuer les emplois, la combiner avec l’allocation d’existence permet en sus d’aller aussi vers le travail hors de l’emploi mieux en libérant le travail du carcan de l’emploiDéjà en 1884, William Morris, fondateur de la Socialist League [5] dans un texte intitulé travail utile et vaine besogne, dénonçait le travail dénué de sens et inutile Un travail digne de ce nom suppose l’espoir du plaisir dans le repos, dans l’usage que nous ferons de son produit et dans la mise en œuvre quotidienne de nos talents créatifs. Tout autre travail que celui-là̀ ne vaut rien – c’est un travail d’esclave – c’est besogner pour vivre et vivre pour besogner.[6]Un siècle et demi plus tard, rien n’a changé, bien au contraire. Le travail aliéné triomphe seulement le travail paie peu mais l’emploi salarié n’est plus émancipateur. Il est trop souvent cause de souffrances. 90 % des salariés s’interrogent sur leur emploi actuel. Un salarié sur quatre est en état d’hyper stress, plus des deux tiers des 29 millions de salariés consomment des psychotropes, se dopent ou ont des addictions pour affronter leurs conditions de travail et le stress [7]. La crise de sens du travail touche de plus en plus tôt les salariés, les cadres comme les les salariés aspirent à changer de mode de vie et à un travail plus valorisant. La pandémie Covid 19 a accéléré ce phénomène de désertion du marché de l’emploi. Libérer le travail du carcan de l’emploi qu’on nous impose est devenue une l’aide de la technologie, le revenu d’existence permet d’accompagner ces profondes mutations et de s’échapper de ces emplois devenus inutiles ou absurdes, voire dangereux pour son intégrité physique ou psychique. Il donne la possibilité de redécouvrir un métier, de s’approprier de nouveaux savoir-faire, des compétences, des responsabilités, de créer de la véritable valeur pour soi, pour les siens, pour la viabilise ainsi des métiers aujourd’hui peu rémunérateurs Un jeune paysan n’est plus obligé d’exercer un emploi complémentaire pour équilibrer le budget de la ferme, cumulant ainsi plus de 70 heures de travail par semaine. S’il vit en couple, avec l’AUE, les deux conjoints ont des choix de vie beaucoup plus larges ils peuvent ensemble se consacrer entièrement à leur activité agricole, ils peuvent employer quelqu’un à mi-temps, prendre des vacances d’existence est le prix à payer par toute la communauté pour l’émancipation, l’épanouissement et l’inclusion de chacun de ses membres. Comme le souligne Nancy Fraser dans Qu’est-ce que la justice sociale ? ce système de redistribution universel réellement transformateur peut modifier progressivement l’équilibre du pouvoir entre le capital et le travail en minant la marchandisation de la force de permettra de faire le tri entre les emplois inutiles les fameux bullshit jobsde David Graeber et les emplois dont on ne peut se passer parce qu’ils ont une véritable utilité des éboueurs de New York montre qu’il est possible de valoriser des métiers pénibles mais très utiles pour la société. Aujourd’hui, plus de 50 ans après une grève historique de 9 jours, qui avait noyé́ la ville dans les ordures en février 1968, un ouvrier au service de la propreté à New York gagne jusqu’à 70 000 $ par an après cinq ans d’ancienneté.[8] Si cette conquête a été possible dans l’antre mondiale du capitalisme, avec ce revenu minimum garanti, chacun sera encore plus fort pour lutter pour de meilleures conditions de Morris dans Travail utile et vaine besogne[9] rêvait de cette liberté́ qui reste à conquérir Une fois libérés de l’angoisse quotidienne de la faim, quand ils auront découvert ce qu’ils veulent vraiment et que rien sinon leurs propres besoins n’exercera plus sur eux de contrainte, les gens refuseront de fabriquer les niaiseries qu’on qualifie d’articles de luxe ou le poison et les ordures qu’on nomme articles bon oui, il existe bien une alternative au sinistre et débile projet du travailler plus pour gagner plus, pour que chacun participe avec ses moyens à la création de richesses sans être condamné à travailler trop, à travailler mal ou au contraire être assigné à l’inaction et à la ce revenu de vie ne permet pas seulement de réduire le temps de travail dans l’emploi, il autorise à travailler autrement et mieux en osant abandonner un emploi dénué de sens, un travail marchandise.[10] Alain SupiotLe travail permet d’habiter le monde, à condition d’être libéré de cette angoisse de devoir assurer à tout prix le lendemain pour soi et sa famille et ne plus céder au chantage d’un emploi de survie, à condition de pouvoir donner du sens et du temps à chacune de nos activités. L’allocation universelle d’existence ouvre la porte à une société du choix, du temps libéré de la compétition et de la performance individuelle, pour que chacun et chacune, dans une égale considération, trouve sa place dans la communauté des humains et dans le respect de son Van Parijs, philosophe, fondateur du Basic Income Earth Network Il s’agit de construire un État social qui mise intelligemment sur l’épanouissement du capital humain plutôt que sur l’astreinte d’un emploi non choisi. ____________________[1] Éloge de l’oisiveté́, Bertrand Russell, première Édition, 1932, Routledge and The Bertrand Russell Peace Fondation. Paris éditions Allia, 2002, pour la traduction française, 40 p. Traduit de l’anglais par Michel Parmentier.[2] Batiste Mylondo, Ne pas perdre sa vie à la gagner, pour un revenu de citoyenneté, Éditions du croquant, 2010.[3] Les salariés occidentaux aspirent à changer de mode de vie par Guirec Gombert, HELLOWORKPLACE, 23 juin 2016.[4] Julien Dourgnon Revenu universel Pourquoi ? Comment ?[5] Avec entre autres Eleanor Marx, fille de Karl Marx.[6] Texte présenté par Anselm Jappe dans La civilisation et le travail Éditions Le passager clandestin, 2013.[7] Quand le travail pousse au dopage une réalité́ pour 69 % des Français, Journal Sud-Ouest, 11/11/2017[8] Lire pages 147 et suivantes Utopies réalistes de Rutger Bregman, Éditions du Seuil, 2017.[9] Texte présenté́ par Anselm Jappe dans La civilisation et le travail, Éditions Le passager clandestin, 2013[10] Le travail n’est pas une marchandise. Contenu et sens du travail au XXI ° siècle, Alain Supiot, Leçon de clôture du Collège de France du 22 mai

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